3 750 F CFA supplémentaires pour remplir un réservoir diesel de 50 litres. Pour une activité consommant 200 litres par mois, la hausse représente 15 000 F de charges supplémentaires, alors que le renforcement promis des aides sociales n’est toujours pas chiffré publiquement.

Depuis le 15 août 2026, le supercarburant est vendu 990 F CFA le litre, soit 70 F de plus. Le gasoil coûte 755 F CFA, soit une hausse de 75 F. Le gaz butane et l’essence destinée aux pirogues sont restés inchangés [1].

Le gouvernement présente cette décision comme un retour aux prix appliqués avant la baisse du 6 décembre 2025. Il explique avoir absorbé seul la hausse mondiale pendant plusieurs mois afin de protéger le pouvoir d’achat. Mais le retour à l’ancien tarif n’efface pas la conséquence nouvelle pour celui qui paie aujourd’hui son plein.

Combien la hausse coûte-t-elle réellement ?

Le premier calcul ne demande aucune estimation :

  • un plein de 50 litres de super coûte 3 500 F de plus, car 50 × 70 F = 3 500 F ;
  • un plein de 50 litres de gasoil coûte 3 750 F de plus, car 50 × 75 F = 3 750 F.

Pour un taxi, un livreur ou un petit transporteur achetant 200 litres de gasoil par mois, la hausse représente :

200 litres × 75 F = 15 000 F supplémentaires par mois.

Sur douze mois, si le prix ne change pas, cela ferait 180 000 F CFA. Cette consommation de 200 litres n’est pas présentée comme une moyenne nationale : il s’agit d’une simulation correspondant à quatre pleins mensuels de 50 litres.

Dans un foyer vivant avec 200 000 F par mois, les 15 000 F supplémentaires équivalent à 7,5 % du revenu mensuel. Ce pourcentage ne représente pas toute la facture de carburant, mais seulement l’augmentation intervenue le 15 août.

La subvention sur le carburant a-t-elle disparu ?

Non. Selon le gouvernement, chaque litre reste vendu en dessous de son coût réel d’importation. Le communiqué estime ce coût à 1 019 F pour le super et à 1 044 F pour le gasoil [1].

À partir de ces chiffres officiels :

  • le super resterait subventionné à hauteur de 29 F par litre ;
  • le gasoil resterait subventionné à hauteur de 289 F par litre.

Ces calculs montrent qu’une subvention peut continuer d’exister tout en laissant le consommateur payer davantage. Ils doivent cependant être lus comme des estimations gouvernementales : le communiqué ne publie pas la structure complète permettant de distinguer le coût d’achat, le raffinage, le transport, le stockage, les marges, les taxes et la compensation finale de l’État.

Le lecteur doit donc pouvoir vérifier non seulement le prix à la pompe, mais aussi la construction du « coût réel » présenté pour justifier la décision.

Pourquoi le budget prévu ne suffisait-il plus ?

Le gouvernement affirme avoir déjà consacré plus de 245 milliards de F CFA aux subventions sur les carburants depuis le début de l’année. Sans ajustement, 47 milliards supplémentaires auraient été nécessaires entre le 15 août et le 12 septembre [1].

À l’échelle de l’ensemble du secteur énergétique, la projection officielle atteint 1 069 milliards de F CFA en 2026, contre 250 milliards votés par l’Assemblée nationale.

La différence est de :

1 069 milliards − 250 milliards = 819 milliards de F CFA.

La projection représente donc environ 4,28 fois l’enveloppe initiale, soit un dépassement potentiel d’environ 328 %.

Le relèvement des prix réduirait la charge publique d’environ 9,7 milliards sur un mois. Comparés aux 47 milliards supplémentaires projetés sur une période presque équivalente, ces 9,7 milliards représentent environ 21 %. La hausse à la pompe n’absorberait donc qu’une partie de la pression budgétaire annoncée ; l’État continuerait d’en supporter la majorité.

En mai, le ministre des Finances Cheikh Diba avait déjà averti l’Assemblée du risque de dépassement. Reuters rapportait alors que le Premier ministre Ousmane Sonko avait refusé une première demande d’augmentation et déclaré que le gouvernement ferait tout son possible pour éviter de répercuter les hausses sur la population [3]. L’agence précisait qu’il n’était pas certain que cette déclaration concernât exclusivement le carburant.

Le gouvernement a donc retardé la hausse et maintenu une subvention. Mais depuis le 15 août, une partie du choc est bien transmise aux utilisateurs.

Qui supporte le coût si le prix du transport ne change pas ?

Des transporteurs interrogés par l’APS ont estimé que la hausse du carburant ne devait pas entraîner automatiquement une augmentation des tarifs [2]. Ils rappellent que les prix du transport n’avaient pas baissé après la réduction du carburant en décembre.

Cette position protège immédiatement le passager. Elle ne signifie pas que la hausse ne coûte rien. Lorsque le tarif payé par le client reste identique, le conducteur absorbe d’abord l’augmentation sur sa marge ou sur son revenu.

Il faut donc distinguer trois effets possibles : une baisse de revenu pour le conducteur, une hausse ultérieure du prix payé par le passager ou une réduction de l’activité lorsque certains trajets deviennent moins rentables. Au 30 août, aucune mesure nationale publiée ne permet encore de quantifier ces effets.

Une hausse générale de l’alimentation ou du transport ne peut pas être présentée comme acquise. Elle doit être suivie dans les relevés de prix de l’ANSD, les décisions du ministère des Transports et les factures réelles des professionnels.

Où se trouve le renforcement promis aux ménages vulnérables ?

Le communiqué du 14 août promet que la Bourse nationale de sécurité familiale et les autres mécanismes destinés aux couches défavorisées seront « mobilisés et renforcés » [1].

Cette promesse reste non établie dans son application. Le document ne précise pas :

  • le montant supplémentaire mobilisé ;
  • le nombre de ménages concernés ;
  • la valeur de l’aide par famille ;
  • les critères d’éligibilité ;
  • la date du prochain versement.

L’absence de ces informations ne prouve pas qu’aucune mesure n’a été prise. Elle empêche toutefois le public de vérifier si le renforcement annoncé compense réellement la dépense supplémentaire imposée aux ménages et aux travailleurs.

Pour une famille recevant une aide, la bonne comparaison ne sera pas seulement « aide versée contre hausse du carburant ». Il faudra aussi mesurer les conséquences indirectes éventuelles sur le transport, les livraisons et les prix des produits acheminés par route.

Pourquoi produire du pétrole ne fixe-t-il pas automatiquement le prix à la pompe ?

Le Sénégal produit désormais du pétrole à Sangomar, mais cela ne signifie pas que chaque litre vendu dans les stations provient directement du brut national ou qu’il peut être distribué au prix d’extraction.

Entre le brut et le carburant vendu interviennent le raffinage, les importations éventuelles de produits finis, le transport, le stockage, la distribution, les taxes et les décisions de subvention. Les revenus pétroliers perçus par l’État ne constituent pas davantage une remise automatique sur chaque plein. Notre explication sur Sangomar et le prix du carburant.

Ce que les autorités doivent maintenant publier

Le débat ne peut pas se limiter à choisir entre « tout subventionner » et « tout faire payer ». Pour que la décision soit contrôlable, quatre éléments sont nécessaires :

  1. la structure détaillée des nouveaux prix ;
  2. le coût budgétaire réellement constaté, et pas seulement projeté ;
  3. les montants et bénéficiaires des aides sociales renforcées ;
  4. une date ou une règle claire de révision si les cours internationaux reculent.

Le gouvernement affirme surveiller les marchés afin d’adapter le dispositif. Il faudra donc vérifier si une baisse internationale produit effectivement une réduction à la pompe, et dans quel délai.

ÉTABLI / ALLÉGUÉ / EN ATTENTE

ÉTABLI. Le super a augmenté de 70 F par litre et le gasoil de 75 F le 15 août. Le gaz et l’essence destinée aux pirogues sont restés inchangés. Un plein diesel de 50 litres coûte ainsi 3 750 F de plus.

ALLÉGUÉ. Des conducteurs affirment que la hausse réduit leurs recettes. Une répercussion plus large sur le transport ou les marchandises est redoutée, mais elle n’est pas encore mesurée à l’échelle nationale.

EN ATTENTE. La structure complète des prix, le coût annuel effectivement payé par l’État, les montants nouveaux des filets sociaux, leurs bénéficiaires et la prochaine règle de révision du prix à la pompe.