Pour 10 000 FCFA, l’écart théorique peut atteindre près de 49 kWh sur un compteur Woyofal domestique petite puissance. La somme ne change pas. C’est le prix du kilowattheure, déterminé par la catégorie du compteur et la tranche mensuelle déjà atteinte, qui change.
Au tarif de première tranche fixé à 82 FCFA le kWh depuis le 1er janvier 2026, 10 000 FCFA correspondent théoriquement à 122 kWh. Au tarif suivant de 136,49 FCFA, la même somme n’en achète plus que 73,3 [1][2].
Ce calcul répond à une grande partie de l’incompréhension quotidienne. Il ne prouve cependant pas que chaque différence constatée sur un ticket est normale : une erreur, un mauvais classement tarifaire ou un compteur défectueux restent possibles et doivent pouvoir être vérifiés.
Pourquoi 10 000 FCFA ne donnent-ils pas toujours les mêmes kWh ?
Woyofal fonctionne avec plusieurs catégories de puissance et plusieurs tranches de consommation.
Depuis le 1er janvier 2026, un client Woyofal domestique en petite puissance paie 82 FCFA le kWh en première tranche, puis 136,49 FCFA. Un client domestique en moyenne puissance commence à 111,23 FCFA le kWh, puis passe à 143,54 FCFA [1][2].
Deux ménages qui disposent tous les deux d’un compteur domestique peuvent donc recevoir des quantités différentes pour 10 000 FCFA s’ils ne relèvent pas de la même puissance.
La différence peut aussi apparaître sur un même compteur au cours du mois. Pour la petite puissance, la première tranche va de 0 à 150 kWh. Pour la moyenne puissance, elle s’arrête à 50 kWh [1]. Une fois le seuil franchi, les achats suivants sont facturés au tarif supérieur.
Senelec indique que la tarification Woyofal est mensuelle et que le compteur tarifaire revient en première tranche au début de chaque mois [3]. Une recharge réalisée après cette réinitialisation peut donc fournir davantage de kWh qu’une recharge effectuée après le franchissement du seuil.
Si un achat traverse la limite entre deux tranches, une partie de la somme peut aussi être calculée au premier tarif et le reste au tarif supérieur. Le nombre reçu se situe alors entre les deux résultats théoriques.
Ce que donnent réellement les tarifs de petite puissance
Calcul sur le seul prix réglementé du kWh, en supposant que toute la recharge reste dans une seule tranche :
Première tranche : 10 000 ÷ 82 = 121,95 kWh
Tarif suivant : 10 000 ÷ 136,49 = 73,27 kWh
Écart : 121,95 − 73,27 = 48,68 kWh
La quantité obtenue au tarif supérieur est donc environ 40 % plus faible que celle de la première tranche. Ce n’est pas une hausse de la somme payée : c’est une baisse de la quantité achetée pour la même somme.
Pour un compteur domestique moyenne puissance :
10 000 ÷ 111,23 = 89,90 kWh en première tranche.
10 000 ÷ 143,54 = 69,67 kWh au tarif suivant.
Ces résultats sont des repères. Le ticket d’achat reste nécessaire pour connaître le calcul appliqué à une recharge précise, notamment lorsque l’achat chevauche deux tranches ou comporte une composante fiscale applicable.
Comment vérifier son propre compteur ?
Avant de conclure à une anomalie, un usager devrait comparer quatre informations sur plusieurs achats réalisés le même mois :
- la catégorie indiquée dans son contrat : domestique petite puissance ou moyenne puissance ;
- la date de la recharge ;
- le nombre de kWh acheté ;
- le cumul de consommation déjà atteint dans le mois.
Le ticket permet aussi de vérifier que le numéro de série correspond bien au compteur. La FAQ de Senelec indique que le code 804 affiche ce numéro et que le code 801 permet de consulter le crédit restant [9].
En cas d’écart inexpliqué, il faut conserver les tickets, noter les dates et les kWh obtenus, puis déposer une réclamation en agence ou appeler le service client au 33 867 66 66 [9]. Cette trace écrite est plus utile qu’une comparaison isolée entre deux captures circulant sur les réseaux sociaux.
Les consommateurs avaient déjà demandé un audit
La contestation ne date pas de 2026. En octobre 2023, des représentants de consommateurs ont remis à la CRSE un mémorandum comportant dix revendications, dont une tarification Woyofal plus transparente et un audit des coûts et des compteurs.
Le régulateur s’est ensuite saisi du système de comptage et de facturation. L’étude a couvert la période allant du 1er janvier 2022 au 30 juin 2024. Elle a porté sur 3 459 usagers, 23 266 factures post-paiement et surtout 137 519 achats de crédit en prépaiement [4].
Les conclusions ont été restituées publiquement le 14 novembre 2025, en présence du ministère de l’Énergie, de Senelec et d’associations de consommateurs [5].
L’enquête n’a pas démontré une fraude généralisée
Les éléments publics de l’enquête ne permettent pas d’affirmer que les compteurs Woyofal sont systématiquement truqués ou que Senelec vole chaque consommateur. La grille tarifaire a été jugée globalement correctement appliquée et des contrôles internes existent dans le processus de facturation [6].
Mais l’enquête ne conclut pas non plus que tout problème est imaginaire. Selon les résultats détaillés rapportés après la restitution, environ 15 % des réclamations portant sur une contestation de facturation étaient liées à un défaut de compteur que Senelec n’avait pas identifié auparavant. Parmi les usagers enquêtés ayant réclamé, 69 % se déclaraient insatisfaits de la réponse reçue [6].
Ces pourcentages concernent les dossiers étudiés, pas l’ensemble des clients Woyofal. Ils montrent néanmoins pourquoi l’explication tarifaire ne suffit pas : lorsqu’un usager ne comprend pas son ticket et ne se sent pas entendu après une réclamation, la confiance disparaît.
Le ministère a d’ailleurs présenté la clarté des mécanismes de facturation et la fiabilité des compteurs comme deux enjeux essentiels. Les recommandations annoncées portent notamment sur la précision des compteurs, la traçabilité, l’explicitation des factures et l’amélioration du traitement numérique [5].
Qu’a fait le pouvoir actuel ?
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et du gouvernement initialement dirigé par Ousmane Sonko, ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale, plusieurs travaux ont été annoncés sur Senelec et le secteur de l’électricité [10].
En janvier 2025, le Gouvernement a créé un comité interministériel chargé de préparer une feuille de route pour la restructuration du secteur et de proposer des solutions durables permettant notamment de diminuer la facture énergétique. Le dossier devait être soumis au Conseil des ministres en février 2025 [7].
En mai 2026, alors qu’il était encore Premier ministre, Ousmane Sonko a demandé une évaluation exhaustive et contradictoire des engagements financiers de l’État envers le secteur électrique. Senelec devait présenter un plan de performance technique, commerciale, financière et organisationnelle. La CRSE devait contribuer à une nouvelle évaluation des mécanismes tarifaires [8].
Ces décisions montrent que le secteur n’a pas été laissé sans étude. Elles ne répondent cependant pas encore à la question la plus simple du consommateur : pourquoi mon achat précis m’a-t-il donné ce nombre précis de kWh ?
Ce qui a été fait, et ce qui reste à faire
Il serait faux d’affirmer qu’aucune enquête n’a été réalisée sur Woyofal. Une étude importante a analysé le comptage, la facturation et des dizaines de milliers d’achats prépayés. Les pouvoirs publics ont aussi lancé des travaux plus larges sur la performance de Senelec, ses finances et les tarifs.
Mais l’information reste insuffisamment lisible au moment où le consommateur paie.
Chaque ticket devrait permettre de comprendre immédiatement :
- la catégorie tarifaire du compteur ;
- la tranche atteinte avant l’achat ;
- le prix appliqué à chaque partie de la recharge ;
- le nombre total de kWh reçu ;
- la date de la prochaine réinitialisation mensuelle ;
- le canal de contestation en cas d’écart.
Le système peut respecter une grille réglementaire tout en restant incompréhensible pour celui qui le finance. Or, lorsqu’une dépense aussi essentielle entre en concurrence avec l’alimentation, le transport ou le loyer, cette opacité produit un sentiment d’injustice légitime.
La prochaine étape ne devrait donc pas être seulement un nouvel audit. Elle devrait être un ticket Woyofal explicatif, compréhensible sans connaître le vocabulaire du secteur électrique.
ÉTABLI / NON ÉTABLI / EN ATTENTE
ÉTABLI. Le nombre de kWh dépend de la catégorie du compteur, de la tranche mensuelle atteinte et du tarif correspondant. En petite puissance, le passage de 82 à 136,49 FCFA le kWh suffit à faire passer le rendement théorique de 10 000 FCFA de 122 à 73,3 kWh [1][2][3]. Une enquête de grande ampleur a bien été réalisée et restituée [4][5].
NON ÉTABLI. Les documents publics consultés ne démontrent pas que tous les écarts sont normaux, mais ils ne démontrent pas davantage une fraude généralisée ou des compteurs systématiquement truqués. Les pourcentages de défauts et d’insatisfaction concernent les réclamations et usagers étudiés, pas tous les abonnés [6].
EN ATTENTE. Senelec et la CRSE doivent encore rendre le calcul de chaque achat immédiatement lisible et publier le suivi des recommandations de l’enquête. Après plusieurs années de contestations, chaque usager devrait enfin pouvoir savoir où va chacun de ses francs.
