Le prix de l’oignon connaît une forte hausse au Sénégal. Alors qu’avant le Gamou le sac se négociait encore autour de 8 000 à 9 000 FCFA, il est désormais vendu jusqu’à 16 000 FCFA dans certaines localités. En quelques jours, le prix a donc presque doublé.

À première vue, cette flambée pourrait laisser penser que le Sénégal manque simplement d’oignons ou qu’il dépend trop fortement des importations. La réalité est plus complexe.

Le Sénégal produit théoriquement suffisamment d’oignons

Selon les données communiquées par les autorités et les acteurs de la filière, la production sénégalaise d’oignons a été estimée à environ 450 000 tonnes en 2025 [1]. Les besoins nationaux sont, eux, évalués à environ 350 000 tonnes par an [1].

Sur le papier, le Sénégal produit donc suffisamment pour couvrir sa consommation nationale. Cela n’empêche pourtant pas le pays de connaître régulièrement des périodes de tension sur les prix.

Pourquoi ? Parce que produire suffisamment sur une année ne signifie pas que cette production est disponible de manière régulière pendant douze mois.

Le principal problème : conserver la récolte

L’oignon est produit en grande quantité pendant certaines périodes. Lorsque les récoltes arrivent simultanément sur les marchés, l’offre devient abondante et les prix peuvent fortement diminuer.

Mais toute cette production ne peut pas être consommée immédiatement. Il faut pouvoir conserver une partie des récoltes pendant plusieurs mois afin d’alimenter progressivement les marchés jusqu’à la campagne suivante.

C’est précisément à ce niveau que la filière rencontre des difficultés. Les capacités de stockage et de conservation restent insuffisantes par rapport aux volumes produits [1]. Une partie des oignons disponibles actuellement provient ainsi de stocks qui avaient été conservés dans des chambres froides par les producteurs. Selon Aly Ndiaye, responsable au sein de l’Interprofession oignon, cette situation contribue à la hausse observée actuellement [3].

Pourquoi les importations ne compensent-elles pas immédiatement ?

Depuis le 16 janvier 2026, les autorités sénégalaises ont gelé les importations d’oignons et de pommes de terre [2].

La logique est simple : lorsque la production locale arrive sur le marché, importer simultanément de grandes quantités d’oignons étrangers pourrait provoquer une chute des prix et empêcher les producteurs sénégalais d’écouler correctement leurs récoltes. Le gel des importations constitue donc un mécanisme de protection de la production locale.

Mais cette politique nécessite une organisation très précise. Si les stocks locaux commencent à diminuer avant la reprise des importations, l’offre disponible sur les marchés peut rapidement se contracter. Or la demande, elle, reste élevée.

Le résultat est classique : lorsque moins de marchandises sont disponibles alors que la demande reste forte, les prix augmentent.

Le paradoxe sénégalais

La situation actuelle révèle donc un paradoxe. Le Sénégal peut produire davantage d’oignons qu’il n’en consomme théoriquement sur une année, tout en connaissant quelques mois plus tard une flambée des prix.

Le problème n’est donc pas uniquement agricole. Il est aussi logistique. Il faut produire, mais également être capable de stocker, conserver, transporter et distribuer les récoltes progressivement pendant toute l’année.

Sans cette chaîne, deux situations opposées peuvent se succéder. Pendant la récolte, les producteurs peuvent se retrouver avec trop d’oignons et craindre une chute des prix ou des pertes liées à la pourriture. Quelques mois plus tard, les consommateurs peuvent au contraire être confrontés à une raréfaction de l’offre et à une hausse brutale des prix.

De 8 500 à 16 000 FCFA : une hausse proche de 88 %

Un sac vendu 8 500 FCFA puis 16 000 FCFA représente une augmentation d’environ 88 %. Le calcul sert ici à donner l’échelle de la hausse, pas à fixer un prix unique.

Cette hausse ne signifie pas nécessairement que tous les consommateurs paieront exactement ce prix partout au Sénégal. Les prix peuvent varier selon les marchés, les localités, la qualité du produit et les circuits de distribution. Mais l’ampleur de la hausse signalée montre qu’une tension réelle existe actuellement sur le marché.

Est-ce la faute des commerçants ?

Il serait trop simple d’attribuer automatiquement toute la hausse aux commerçants ou à la spéculation. Les marges pratiquées à différents niveaux de la chaîne méritent d’être surveillées, mais la situation comporte aussi des causes structurelles clairement identifiées : disponibilité des stocks, capacités de conservation, calendrier de commercialisation et régulation des importations.

Il faudrait disposer de données détaillées sur les prix pratiqués successivement par les producteurs, collecteurs, grossistes et détaillants pour déterminer quelle part de la hausse correspond réellement à une augmentation des marges [4]. En l’état, ces données ne permettent pas d’affirmer que la flambée est principalement provoquée par la spéculation.

Que peut-il se passer maintenant ?

L’Interprofession oignon estime que la situation pourrait se détendre lorsque les derniers stocks locaux auront été écoulés et que l’approvisionnement du marché retrouvera un meilleur équilibre [3]. L’évolution dépendra notamment du calendrier de reprise des importations et des quantités disponibles. Si de nouvelles quantités arrivent rapidement sur le marché, la pression sur les prix pourrait diminuer.

Établi, non établi, en attente

Établi. La production 2025 a été estimée à environ 450 000 tonnes pour des besoins d’environ 350 000 tonnes [1]. Les importations d’oignons et de pommes de terre sont gelées depuis le 16 janvier 2026 [2]. Une partie de l’offre actuelle provient de stocks conservés en chambres froides [3].

Non établi. La part exacte de la hausse qui reviendrait à la spéculation ou aux marges des intermédiaires : les données par maillon manquent [4].

En attente. Le calendrier précis de reprise des importations et les volumes qui seront remis sur le marché.

Ce qu’il faut retenir

Le Sénégal ne souffre pas nécessairement d’un manque structurel de production d’oignons. Le véritable défi consiste à faire correspondre cette production aux besoins des consommateurs tout au long de l’année.

La flambée actuelle rappelle qu’une politique de souveraineté alimentaire ne peut pas reposer uniquement sur le nombre de tonnes produites. Produire davantage est une étape. Pouvoir conserver cette production, éviter les pertes, organiser les stocks et maintenir des prix accessibles pendant douze mois en est une autre. C’est probablement là que se situe aujourd’hui l’un des principaux défis de la filière sénégalaise de l’oignon.