Soixante-trois jours avant l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse, au moins 91 milliards de F CFA sont inscrits au budget 2026 pour leurs infrastructures. Le Président se dit satisfait des travaux qu’il a visités. Mais le public ne dispose toujours ni d’un taux global d’exécution ni d’un coût actualisé consolidant les différentes enveloppes annoncées.
Le 29 août, Bassirou Diomaye Faye a réceptionné le Village olympique installé à l’Université Amadou Mahtar Mbow de Diamniadio et visité le Centre équestre de la Gendarmerie.
« Aujourd’hui, après avoir visité les infrastructures, je suis très satisfait et davantage rassuré sur l’exécution des travaux et la qualité du rendu », a-t-il déclaré [1].
Cette appréciation est positive, mais elle reste partielle. Aucun taux global d’exécution physique n’accompagne le compte rendu. Les dépenses déjà effectuées ne sont pas actualisées et les sites restant à terminer ne sont pas précisément listés. Le chef de l’État apporte lui-même une réserve : sa satisfaction concerne « ce qu’il a vu et visité ». Pour ce qu’il n’a pas encore vu, il dit conserver « les mêmes réserves et la même prudence ».
Combien les JOJ doivent-ils réellement coûter ?
Les documents publics présentent plusieurs enveloppes.
En octobre 2024, le Gouvernement indiquait que le contrat d’hôte représentait un engagement financier de 35,97 milliards de F CFA. Il annonçait avoir mobilisé 13,2 milliards, auxquels devaient s’ajouter cinq milliards en cours de mobilisation [4].
Le même compte rendu mentionnait un prêt de l’Agence française de développement de 39,36 milliards, destiné au stade Iba Mar Diop, à la piscine olympique et au parc adjacent [4].
Le budget 2026 prévoit désormais au moins 91 milliards de F CFA pour le programme d’infrastructures des JOJ [2][3].
Ces montants ne doivent pas être additionnés automatiquement. Une partie du prêt AFD ou d’autres financements peut être comprise dans l’enveloppe budgétaire de 91 milliards. Sans tableau consolidé, une addition produirait un total possiblement gonflé par des doubles comptes.
Les sources accessibles ne permettent pas encore de déterminer clairement :
- quelle part des 39,36 milliards est comprise dans les 91 milliards ;
- combien a déjà été effectivement dépensé ;
- quelle part relève de prêts, du budget national ou des partenaires ;
- si le coût prévisionnel a augmenté depuis 2024 ;
- combien restera à rembourser après les Jeux.
La réponse utile serait un tableau projet par projet, financement par financement et marché par marché.
Que représentent 91 milliards de F CFA ?
Rapportés aux 19 075 959 habitants estimés par l’ANSD en 2025, 91 milliards représentent environ 4 770 F CFA par personne, soit près de 19 100 F CFA pour un ménage de quatre personnes.
Ce calcul ne signifie pas qu’une facture de 19 100 F CFA sera réclamée à chaque famille. Il sert uniquement à rendre compréhensible l’échelle de l’investissement public.
Le budget 2026 permet deux autres comparaisons : 60 milliards sont annoncés pour la construction d’établissements de santé et 50 milliards pour le Grand Transfert d’eau [2]. L’enveloppe des infrastructures des JOJ représente donc environ 1,52 fois celle des établissements de santé et 1,82 fois celle du Grand Transfert d’eau.
Ces comparaisons ne démontrent pas que la dépense sportive serait inutile. Les équipements peuvent servir durablement aux universités, aux sportifs et à la population. Elles montrent pourquoi l’information financière doit être proportionnelle aux montants engagés.
Que signifie la réception du Village olympique ?
Une cérémonie de réception ne répond pas automatiquement à toutes les questions techniques.
Il faut distinguer la réception provisoire, qui peut laisser subsister des réserves ou des travaux correctifs, de la réception définitive après la période de garantie. Il faut aussi connaître la conformité aux standards de sécurité et d’accessibilité, la date réelle d’entrée en service et l’institution qui entretiendra l’équipement après les Jeux.
Le compte rendu du 29 août ne précise pas le statut juridique exact de la réception, les éventuelles réserves techniques ni le futur modèle de gestion du Village olympique.
Les délais sont-ils désormais maîtrisés ?
Les JOJ doivent se tenir du 31 octobre au 13 novembre 2026, avec environ 2 700 athlètes et 25 sports de compétition [5].
En mars, le Président avait demandé une évaluation du niveau d’exécution des travaux et des problèmes urgents liés à leur réception. Il insistait notamment sur les voiries d’accès aux sites de Diamniadio et Saly.
Le satisfecit du 29 août constitue donc une évolution positive. Il ne permet cependant pas d’établir que toutes les alertes sont levées. À 63 jours de l’ouverture, il reste nécessaire de publier la liste des travaux terminés, ceux encore en chantier, leurs dates contractuelles de livraison et les dépenses déjà exécutées.
L’enjeu dépasse la cérémonie d’ouverture. Après le 13 novembre, il faudra mesurer l’utilité durable des investissements : fréquentation, coût annuel d’entretien, accès des clubs et des écoles, modèle de gestion et remboursement des financements.
Les réponses encore attendues
Le Gouvernement et le Comité d’organisation doivent préciser le coût total actualisé, l’articulation des différentes enveloppes et l’avancement de chaque chantier.
Ils doivent également publier le statut exact des réceptions, les réserves techniques éventuelles et les modalités de gestion des équipements après la compétition.
Établi : le Village olympique a été réceptionné ; le Président se dit satisfait des sites visités ; les Jeux commenceront le 31 octobre ; au moins 91 milliards sont prévus pour les infrastructures.
Non établi publiquement : la conformité complète de tous les ouvrages, le respect de l’ensemble des budgets initiaux, l’absence de retard sur les sites non visités et le coût total consolidé.
En attente : les taux d’exécution physique et financière, les procès-verbaux de réception, les réserves techniques et le plan d’exploitation après les Jeux.
La conclusion provisoire est donc mesurée : des infrastructures importantes ont été réceptionnées, mais le satisfecit politique ne remplace pas encore le bilan technique et financier que les citoyens doivent pouvoir consulter.
